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Essen 2026 : neuf boîtes qui me font déjà de l'œil (et ce n'est qu'un amuse-bouche)

L'autre soir, au lieu de dormir, je faisais défiler les annonces des éditeurs pour Essen. Mauvaise idée pour l'heure de coucher, excellente idée pour la suite : à trois mois du salon, les premières boîtes commencent à sortir du bois, et j'en ai déjà l'un ou l'autre. Alors autant partager tout de suite ce premier tri, à chaud.


Une précision honnête avant d'entrer dans le vif : ceci est une toute première sélection, faite à partir de ce que j'ai pu voir passer des sorties annoncées. Ce n'est pas un palmarès, encore moins la liste définitive. Il en manque, forcément, et il en sortira bien d'autres d'ici octobre (Essen, c'est plus de 1 700 nouveautés certaines années, autant dire qu'on n'a vu que la partie émergée). Je reviendrai donc avec des mises à jour à J-2 mois puis à J-1 mois, au fil des annonces qui vont pleuvoir cet été et cet automne. Considère cette page comme vivante.


Le salon en bref : SPIEL Essen, du 22 au 25 octobre 2026, à la Messe Essen (Allemagne). Pour situer la bête, l'édition 2025 a réuni 220 000 visiteurs de plus de 80 pays, 948 exposants et 1 716 nouveautés. Bref, le plus grand rendez-vous du jeu de société au monde. Et la surface d'expo 2026 est déjà complète, si tu cherchais un signe que ça va être dense.

Neuf jeux, donc, regroupés par éditeur. Aucun ordre de préférence : c'est ma première pioche, pas un classement.



Devir dégaine un trio (et pas n'importe lequel)

L'Espagnol arrive avec trois titres qui visent trois envies différentes, et c'est chez lui que je pioche mes plus grosses curiosités comme presque chaque année en faite !

Commençons par Gaudí, mon coup d'œil numéro un. Après Barcelona, Dani Garcia reste en Catalogne mais s'attaque cette fois à l'architecte qui a sculpté la ville. À ton tour, tu circules autour d'un plateau central pour ramasser des tuiles et déclencher des actions, en marquant des points dans trois piliers : Nature, Catalogne, Religion. La torsion maligne, celle qui me fait de l'œil : seuls tes deux plus faibles scores comptent au décompte final. Impossible de foncer bille en tête dans une seule couleur, il faut équilibrer, comme on assemble un vitrail. La pose de tuiles reprend d'ailleurs le motif du trencadís, cette mosaïque cassée typique de Gaudí. Sur le papier, c'est du Garcia pur jus : élégant, tendu, joliment thématique.



Toujours chez Devir, toujours Dani Garcia, mais dans un registre plus mystérieux : Niraya. L'idée centrale est superbe. Tu es à la fois l'archéologue qui exhume les vestiges d'une civilisation disparue dans une forêt, et un membre de cette civilisation en train d'être exhumé. Ton toi présent et ton toi passé peuvent coopérer par-dessus les siècles. Un concept de double rôle que je n'ai pas vu souvent, et qui promet. Petit bémol de prudence : les fiches techniques sont encore floues et la date de sortie danse entre fin 2026 et 2027 selon les sources. À surveiller, sans garantie qu'il soit sur les tables dès octobre.

Le troisième, c'est Shugendo, et là tu as ma pleine attention : Simone Luciani qui touche au stop-ou-encore, ça ne se refuse pas. Chaque manche se joue en trois temps (Révélation, Action, Recrutement). Tu retournes les cartes de ta pioche pour bâtir ta communauté (fermes, puits, tout ça), jusqu'à ce que tu t'arrêtes ou que tu « explose » en révélant un yōkai de trop. Du tirage sous tension enrobé dans un thème japonais de montagne sacrée, avec la patte très reconnaissable de Jorge Monlongo. Format 50-60 minutes : le plus « malin de fin de soirée » du trio.


Czech Games Edition creuse (littéralement)

Quand CGE sort une boîte, je regarde, c'est presque un réflexe. Drillers t'envoie piloter des mechs dans une mine abandonnée pour en extraire ce qu'une corporation minière oubliée a laissé derrière elle. Sous le thème, un moteur de deck-building où tu mines, améliores ton équipement et jongles avec tes ressources. La vraie idée, c'est le système de ressources partagées : chacune de tes décisions crée des opportunités et des embêtements pour tout le monde autour de la table. La fourchette 30 à 120 minutes trahit une profondeur à géométrie variable. Bref, un CGE qui a l'air d'assumer sa complexité sans se prendre les pieds dedans.


Cranio Creations mise sur la carte à double vie

Deuxième Luciani de la liste (l'homme est partout cette année), mais dans un registre bien plus léger : Minikin City, co-signé avec Matthieu Verdier. Un jeu de cartes malin où chaque carte mène une double vie. Ses couleurs et valeurs te donnent une récompense immédiate, tandis que ses icônes et effets ne scorent qu'en fin de partie, à condition d'y avoir posé assez de minikins. Trente minutes, 2 à 5 joueurs : le format optimisation nerveuse que Luciani maîtrise les yeux fermés. Parfait pour ouvrir ou clôturer une soirée. Perso, c'est sa fraîcheur qui me plaît, dans le design comme dans les mécaniques : le genre de petit format qui déride une table sans prise de tête.


Feuerland sort le grand jeu (et le gros carton)

La maison d'Uwe Rosenberg part sur un morceau costaud : Greenwood. Tu incarnes un esprit ancien qui mène une bande de compagnons pour libérer les créatures mystiques de la forêt des griffes des druides. Le matériel annonce la couleur : 151 cartes uniques, plus de 200 pièces en bois, quatre plateaux de clans, chacun doté d'un pouvoir spécial en mode avancé. Bestiaire dépaysant (Traqueurs nocturnes, Cerfs de cristal, tu vois le tableau) et profondeur signature Feuerland. À noter : il passe d'abord par un financement participatif sur Gamefound, donc le vrai point d'attention ici, c'est le calendrier de livraison.


Pink Troubadour parie sur la botanique

Un Eurogame dédié au père de la taxinomie, il fallait oser : Carl von Linné, signé Michal Peichl. Tu explores des régions reculées, tu collectes et étudies des spécimens rares, tu cultives un jardin botanique, tu corresponds avec les institutions savantes et tu publies des ouvrages influents. Chaque action nourrit deux monnaies, réputation et savoir, qui décident du vainqueur. La singularité tient à son système de « lentille » : tu arbitres en permanence entre le terrain et l'étude académique. Le règlement est déjà en ligne, signe d'un projet bien avancé. Thème érudit et original, exactement le genre de pari que j'aime voir débarquer à Essen. Je te l'avoue, il m'attire beaucoup, mais il me paraît aussi très exigeant. Je me réserve donc de le poser sur une table en festival avant de me faire une opinion définitive.


Albi reconstruit une Prague fantasmée

On recroise Michal Peichl (je te l'avais dit, il est partout), cette fois en co-signature sur Prague Unseen. Un jeu ambitieux, 120 minutes annoncées, autour d'une Prague rêvée qu'on rebâtit avec le renfort de créatures mythiques. Les infos mécaniques restent minces à ce stade, mais l'ADN tchèque est là : thème patrimonial fort, direction artistique soignée signée Jindřich Pavlásek, format long. Un sérieux candidat pour les amateurs de gros Euros à thème. Je creuse dès que la fiche se précise.


Roc Nest Games glisse la note feel-good

Il en faut une, et c'est Smallfolk qui s'y colle. Un tableau-builder léger et cosy, signé Gloria Lau et Alfie Wright. Tu parcours le monde, tu visites des merveilles et tu explores les contes populaires de chaque région pour bâtir ta petite mythologie personnelle. Stratégie douce, direction artistique chaleureuse, format familial-plus. Le genre de titre qui ne fera pas la une des hardcore gamers, mais qui trouve toujours sa place sur la table. Autant te le dire franchement : je suis fan de tableau builders, et cette direction artistique me fait totalement craquer. Celui-là, je le garde à l'œil de très près. Passé par Kickstarter, à confirmer côté distribution européenne.


Verdict (provisoire, et c'est le principe)

Difficile de trancher, très honnêtement. Si tu me forces la main, mes trois plus grosses envies du moment restent Gaudí(le Garcia le plus abouti sur le papier), Shugendo (Luciani en terrain de jeu inhabituel) et Drillers (parce qu'un CGE se refuse rarement). Mais mon cœur balance aussi vers Smallfolk, pour son ambiance cosy et ma tendresse assumée pour les tableau builders, vers Minikin City pour sa fraîcheur, et vers Carl von Linné, plus exigeant, que je veux absolument tester en festival avant de me prononcer. Bref, trois noms mis en avant, mais une sélection où presque tout me tente.

Mais je le répète, parce que c'est important : c'est une première photo, pas la photo finale. Il manque des éditeurs entiers, des grosses locomotives n'ont pas encore tout dévoilé, et l'été va être riche en annonces. Je remets donc le couvert à J-2 mois (nouvelle fournée de titres, premiers retours de preview) puis à J-1 mois (la sélection consolidée, juste avant de boucler les valises). Une chose est déjà sûre pour moi : cette édition d'Essen sent les belles nouveautés à plein nez. D'ici là, dis-moi en commentaire quel jeu TE fait de l'œil, et si tu comptes faire le déplacement.

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