Essen 2026 : sept nouveautés que personne ne surveille, et c'est une erreur
- Renaud Fleusus

- il y a 12 minutes
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Il y a environ un mois, je te partageais ma toute première pioche pour Essen, neuf boîtes repérées à trois mois du salon. Depuis, l'été a fait exactement ce que je redoutais : les annonces sont tombées en pluie, et ma liste de courses a doublé de volume pendant que je regardais ailleurs. Voici donc la deuxième couche, celle de J-2 mois.
Et cette fois, j'assume un parti pris. Pendant que tout le monde a les yeux rivés sur les grosses locomotives qui n'ont pas encore tout dévoilé, une poignée de titres passent complètement sous les radars. Sept, pour être précis. Bon, je te l'accorde tout de suite, l'un d'eux est déjà attendu au tournant par la moitié de la communauté. Mais les six autres, personne n'en parle, et je trouve ça un peu injuste. Autant réparer ça maintenant.
Comme d'habitude, ceci n'est pas la liste finale. Je reviens à J-1 mois avec la sélection consolidée, juste avant de boucler les valises.
Forage, celui que tout le monde attend déjà (et il a raison)

Je commence par l'exception, celui qui ne se cache de personne. Quand l'équipe derrière Cascadia, Calico et Point Saladsort un nouveau jeu, la planète roll-and-write retient son souffle, et Forage ne fait pas exception. Ajoute le nom de Beth Sobel à l'illustration, et tu comprends pourquoi celui-là est déjà sur toutes les listes.
L'idée : un roll-and-write posé sur un tableau de cartes qui s'agrandit au fil de la partie. Tu écris directement sur les cartes, et les conditions de score changent à mesure que le plateau grossit sous tes yeux. Plus de 90 cartes d'exploration, de garde-manger et de cadeaux, de 1 à 6 joueurs, en 15 à 30 minutes. Sur le papier, c'est du Flatout Games pur jus : accessible, malin, joliment fait. Le seul bémol pour toi et moi, c'est l'absence de version française annoncée à ce stade. Pour le reste, si tu aimes cette famille de jeux, tu sais déjà que tu vas craquer.
Quand la VF s'invite, et qu'un éditeur belge s'en mêle
Voilà le cœur de cette fournée, et l'angle qui me tient à cœur cette année : deux titres qui vont débarquer en français.

Le premier, c'est Fragments: Solara, la boîte d'introduction d'une nouvelle gamme signée Yohan Servais chez IELLO. Un coopératif narratif d'environ 90 minutes, dans le désert de Solara, à la recherche d'un compagnon disparu. Le geste central de la gamme, c'est la manipulation de pièces de puzzle pour faire avancer le récit, une jolie trouvaille tactile qu'on ne voit pas souvent. IELLO au catalogue, donc VF assurée, et une entrée à 90 minutes qui te permet de tester l'univers sans t'engager dans une campagne de plusieurs soirées. Pour moi, c'est la porte d'entrée idéale.

Le second me tient encore plus à cœur, pour une raison que tu vas comprendre. Compile: Main 3 est le troisième volet autonome de la série Compile de Michael Yang, un duel de cartes nerveux pour un ou deux joueurs, en 30 à 40 minutes, avec un mode solo piloté par un automate. Tu choisis trois protocoles parmi douze, tu construis ton deck, et tu joues tes cartes sur les lignes de commande pour atteindre le seuil de compréhension avant l'adversaire. Chaque carte a trois usages possibles, ce qui rend chaque choix tendu. Mais ce qui me pousse à en parler ici, c'est que la version française est portée par Geek Attitude Games, un éditeur belge. Soutenir un acteur local qui prend le risque de localiser une série exigeante, ça, je le fais avec plaisir. Considère cette section comme un coup de pouce assumé.
Níjar, l'euro que les chasseurs de niche vont adorer

Si tu me lis depuis un moment, tu sais que j'ai un faible pour les petits euros à thème pointu. Níjar coche toutes les cases. Signé David Bernal chez Perro Loko Games, il te transporte à Almería dans les années 1920, avant le tourisme, du côté de la poterie, du sparte et des jarapas. Tu agrandis ton atelier, tu extrais l'argile, tu tournes, tu cuis, tu peins, tu vends. La torsion qui me plaît : trois manches avec un nombre d'actions décroissant, sept puis six puis cinq, ce qui resserre la partie au lieu de l'étirer. Un thème artisanal documenté, exactement le genre de créneau où la concurrence est faible et où un article trouve sa place.
Petit fil rouge au passage : l'illustration est signée Jorge Tabanera Redondo, un nom qui revient trois fois dans mes repérages de cette année (il est aussi auteur de Nakasendo et de Camboya). Garde-le en tête, on en reparlera à J-1 mois. Seul regret pour Níjar, comme souvent dans cette liste, il n'y a pas de VF annoncée.
Deux curiosités qui montent : Yotei et Drops of Evil

Dans le registre des idées qui sortent du lot, deux titres m'ont accroché l'œil.
Yotei, d'abord, chez Mighty Boards. Une construction de ville au pied du mont Yotei, dans la région de Niseko sur l'île japonaise de Hokkaido. Et son accroche, franchement, je ne l'avais jamais vue ailleurs : la pomme de terre y sert de monnaie. Tu étends ton terrain avec une main-d'œuvre limitée, tu remportes des enchères en patates, tu développes ton bourg. Signé Huy Pham, de 2 à 4 joueurs, en 30 à 60 minutes. Le point d'attention, c'est le calendrier : déjà financé sur Kickstarter au printemps, il est annoncé pour le 30 novembre 2026, soit juste après le salon. On croise donc les doigts pour qu'une première fournée soit disponible sur le stand Mighty Boards à Essen. Au pire, tu pourras le prendre en main sur place et repartir avec l'envie. L'idée est trop belle pour ne pas en parler dès maintenant.

Drops of Evil, ensuite, chez Horrible Guild, et c'est le plus costaud de la bande. Des sorcières qui rivalisent pour brasser le pire poison qui soit. Tu envoies tes Familiers récolter des ingrédients dans la forêt, tu les combines dans l'Alchilab, tu places tout ça pour maximiser la toxicité, tu recrutes de louches Assistants et tu suis de sinistres Recettes. Signé Hjalmar Hach et Lorenzo Silva (le duo maison) et illustré par Weberson Santiago, il se joue de 2 à 4, en une heure environ, dès 12 ans. C'est clairement le titre le plus expert de la salve que l'éditeur milanais déballe cet été, aux côtés de Bag of Bugs, Rocking Raft et The Amazing Journey. De quoi surveiller son stand de près.
Ironwood: Steel & Spirit, ou l'art de me faire replonger dans un jeu que j'adore

Celui-ci est un cas particulier que j'assume pleinement. Ironwood: Steel & Spirit est une extension, pas un jeu neuf. Et le jeu de base, je t'en ai déjà parlé en long et en large : c'est Ironwood, ce duel asymétrique de Mindclash Games entre les Ironclad, colons des montagnes de fer, et les Woodwalkers, ombres des forêts, que j'avais rangé parmi mes coups de cœur pour deux joueurs (et, oui, parmi les jeux belges). Si tu ne l'as pas lu, va faire un tour, ça te posera le décor.
L'extension Steel & Spirit vient greffer deux modules sur ce socle : voies ferrées, lanternes, et deux nouvelles familles d'unités, les Constructs et les Primals. Autrement dit, de quoi rallonger un duel que je trouvais déjà excellent. Si tu as aimé la boîte de base, tu sais déjà quoi faire. Sinon, commence par elle, mon article t'attend.
Le coin famille et petites boîtes
Toutes les nouveautés ne méritent pas un pavé, mais quelques-unes méritent un coup d'œil rapide, surtout si tu joues en famille ou avec des débutants.
Chez Albi, Night at the Zoo t'invite à ramener au bercail des animaux échappés du zoo avant le lever du jour, en posant des tuiles pour ouvrir des chemins, chacun ayant son mode de déplacement (familial, 30 minutes, dès 10 ans). Toujours en petite boîte, Bag of Bugs chez Horrible Guild joue la carte du party game en temps réel et du stop-ou-encore, pendant que Dino Museum, venu du Chili chez Fractal Juegos, te fait composer la plus belle collection de dinosaures à coups de fouilles. Terraces of Kanoa, chez Unfriendly Games, mise sur la construction de terrasses et l'apparition progressive d'un paysage. Et pour les amateurs de solo pur, Enchanted Ivy chez Allplay te confie une auberge magique à gérer seul, en 10 à 20 minutes, un format à part mais joliment troussé.
Ce que je garde pour la dernière ligne droite
Je ne vide pas tout mon carnet aujourd'hui. Trois titres attendent encore un peu de matière avant que je me prononce : Fragments: Fungataï, la grande boîte campagne de la gamme Fragments (sept heures de jeu, à découvrir une fois que Solara aura convaincu), Blood Hunt et son jeu d'influence entre familles, et Kano, où des peintres rivalisent pour composer un rouleau japonais. Rendez-vous à J-1 mois pour eux.
Verdict (toujours provisoire, c'est le principe)
Si tu me forces la main, mes trois plus grosses envies de cette fournée sont Forage (parce qu'on ne se refait pas), Fragments: Solara (pour la VF et le coopératif narratif) et Yotei, dont l'idée de la pomme de terre comme monnaie ne me quitte plus, même si sa sortie calée fin novembre, après le salon, m'oblige à ronger mon frein. Et je garde deux doutes honnêtes en tête : Drops of Evil, un Expert ambitieux qui devra prouver qu'il tient la distance au-delà du concept, et cette manie qu'a presque toute la liste de sortir sans VF (Forage et Níjar en tête), frustrante quand on écrit pour un lectorat francophone.
Et je le répète, parce que ça compte : ce sont sept boîtes qui passent sous les radars, pas sept certitudes. La photo finale, ce sera pour J-1 mois. D'ici là, dis-moi en commentaire lequel de ces sept-là t'a fait lever un sourcil, et si l'un d'eux mérite vraiment qu'on cesse de l'ignorer.
Tu as manqué ma toute première pioche pour ce salon ? Elle est à lire ici : Essen 2026 : neuf boîtes qui me font déjà de l'œil (et ce n'est qu'un amuse-bouche).




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