Wispwood : ne le range pas au rayon Tetris trop vite
- Renaud Fleusus

- il y a 5 minutes
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C'est à Essen que Wispwood m'a fait de l'œil. Au milieu de la marée de boîtes, ce sont ses couleurs d'Halloween qui m'ont attrapé : des feux follets fluo, une forêt qui respire le mois d'octobre, ce petit frisson visuel qui te fait tendre la main. L'éditeur (CGE) me l'a gentiment offert en VO, et je suis rentré tout content. Puis j'ai ouvert la boîte, j'ai vu les tuiles à caser dans une grille et je me suis dit : « punaise, encore un Tetris ». Grosse erreur. Le jeu est bien plus malin, casse-tête et même taquin qu'il n'en a l'air.
Durée : 45 min · Âge : 10+ · Joueurs : 1-4 · Éditeur (VO) : Czech Games Edition · Distributeur (VF) : Iello · Auteur : Reed Ambrose · Illustrateur : Štěpán Drašťák
Une forêt de feux follets
Le pitch est un bonbon : tu guides des feux follets colorés pour rendre ta forêt la plus lumineuse possible. L'univers est doux-inquiétant comme il faut, dans un style Halloween qui change agréablement des énièmes jeux de placement bucoliques et pastel. Štěpán Drašťák (l'illustrateur maison de CGE) fait le boulot, et l'objet est soigné.
Le petit gadget de la boîte, ce sont les tuiles réactives aux UV : passe une lampe à ultraviolets dessus et les feux follets s'illuminent. C'est joli sur une photo de compte Insta, mais bon, qui a une lampe UV chez soi, à portée de main, un soir de partie entre amis ? (Moi non plus.) Autant te le dire tout de suite : c'est un bonus sympa, pas un argument d'achat. Le jeu tient parfaitement debout à la lumière du salon.
Comment on y joue
À ton tour, tu drafts une tuile « feu follet » sur le plateau central, tu choisis l'une de ses deux formes possibles qui sont de part et d'autre, et tu la poses dans ta grille personnelle en la complétant avec des tuiles « arbre ». Jusque-là, oui, on est en terrain connu, quelque part entre Calico et Cascadia pour les objectifs à remplir et l'optimisation solo devant sa propre carte.
Sauf que Wispwood ajoute son grain de malice. La partie se joue en trois manches, et ta grille grandit à chaque fois : 4×4, puis 5×5, puis 6×6. Surtout, les feux follets que tu as posés restent en place d'une manche à l'autre (on retire les arbres, on garde les follets) et ils continuent de compter. Autrement dit, tu ne repars jamais d'une feuille blanche : tu composes avec tes propres choix passés, qui deviennent tantôt un tremplin, tantôt un caillou dans la chaussure. Ajoute à ça des cartes d'objectifs qui changent d'une partie à l'autre, et le casse-tête se renouvelle sans que tu aies à réapprendre les règles.
C'est ce petit mécanisme de « score-and-reset » qui fait toute la différence avec le Tetris que je redoutais : chaque manche te force à anticiper la suivante. Tu ne cases pas des formes, tu plantes des décisions.
Ce qui fait mouche, ce qui coince
Ce qui fait mouche, c'est justement cette persistance des follets. Elle transforme un jeu d'optimisation gentillet en vrai petit casse-tête taquin, où le bon coup d'aujourd'hui peut te pourrir la manche d'après. C'est fluide, ça tourne vite, l'interaction reste indirecte (on se chipe des tuiles convoitées sur le plateau central) mais bien présente. Et à 45 minutes montre en main, jamais tu ne t'ennuies.
Ce qui coince, soyons honnêtes : Wispwood ne révolutionne pas le genre. Sur le papier, les sensations se ressemblent d'une partie à l'autre, et on peut légitimement se demander si trois manches complètes étaient nécessaires (deux auraient peut-être suffi à faire mouche). Les mastodontes de la catégorie, Calico et Cascadia toujours, gardent une longueur d'avance sur la profondeur et le renouvellement. Ce n'est pas le jeu qui va bousculer ta ludothèque, c'est celui qu'on sort avec plaisir.
Verdict
Wispwood est un bon jeu qui n'a pas rencontré son public, et c'est bien dommage. Pas un coup de tonnerre, non, mais un placement de tuiles franchement agréable, malin dans sa mécanique de manches qui s'empilent, joli sur la table et accessible dès 10 ans. Le genre de titre qui mérite mieux que l'oubli dans lequel il est en train de glisser.

Sors-le en famille ou entre amis amateurs d'optimisation tranquille, quand tu veux un casse-tête qui pique juste ce qu'il faut sans y passer la soirée. Range tes préjugés « encore un Tetris » au placard : sous ses airs de puzzle sage, Wispwood est plus taquin qu'il n'en a l'air. Et si un jour tu croises une lampe UV, tu auras même droit au petit spectacle en bonus.




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